Culture Chanel : Le N°5 se raconte au Palais de Tokyo
Hasard ou coïncidence !.... Le Numéro 5 est omniprésent…
A la question « quel nom allez-vous lui donner ? », Mademoiselle Chanel répliqua : « je lance ma collection le 5 mai, cinquième mois de l’année, laissons-lui donc le numéro qu’il porte, et ce numéro 5 lui portera chance ». On raconte que Chanel renforça sa croyance dans le pouvoir de son chiffre magique, tant elle attendait chaque année le cinquième jour, du cinquième mois pour présenter sa collection d’été. Et, fait du hasard, ou pure coïncidence, l’exposition démarre le cinquième jour du cinquième mois de cette année, et se termine le cinquième jour du sixième mois….
©Collection Edmonde Charles-Roux
Le brief du N°5
Gabrielle Chanel voulait un parfum qui ne ressemble à aucun autre, qui sente bon, qui lui ressemble, avec des facettes multiples et contradictoires, des élans charnels et pudiques, à la fois léger et mémorable. « Un parfum fabriqué, donc composé » aurait-elle dit.
Il est clair que la femme Chanel ne devait pas sentir uniquement la rose… Ce devait être pour elle « une brassée de fleurs abstraites ». Abstraites ? Tendance ou influence de l’époque ? Max Ernest, Picabia, Picasso, amis et artistes auprès de Chanel, l’ont-ils inspirée à donner naissance au premier parfum abstrait. Le N°5 est-il la première œuvre d’art olfactive ?
©Chanel
Le N°5 vient de loin….
De Grasse (laboratoire d’Ernest Beaux), il traverse les jardins, les pays (Les Etats-Unis, Japon…), les livres (Edmonde Charles-Roux, Paul Morand, Cocteau, Claude Delay..).
Il est aussi par une histoire d’amour avec Boy Capel, et représente pour Jean-Louis Froment, le commissaire de l’exposition « la part manquante de Gabrielle Chanel ».
©François Kollar, Ministère de la Culture
Les 5 secrets du N°5
1 Une fabuleuse histoire
1921, Gabrielle Chanel règne sur la mode parisienne, et pour compléter son total look, Coco Chanel est le premier couturier à lancer son parfum, le N°5. Ce dernier est révolutionnaire, et bouleverse tous les codes de la parfumerie de l’époque par son nom, facilement mémorisable, ne nécessitant aucune traduction pour franchir les frontières, et son flacon carré, presque brut, cristallin, minimaliste.
©Philippe Halsman/Magnum Photos
2 Une composition visionnaire
Ernest Beaux, parfumeur russe du laboratoire Rallet (la première parfumerie française de Russie, fournisseur de la Cour du Tsar) basé à Grasse, est le créateur du N°5. Grâce à ses recherches sur les aldéhydes, et son inspiration tirée des émanations qu’exhalaient les lacs du Grand Nord au soleil de minuit, il élabore une architecture sans note dominante, mais d’une richesse florale étourdissante avec pas moins de 80 composants.
©FRAC Bourgogne/ADAGP 2013
3 Des matières premières d’exception
A l’origine de la formule, il y a des fleurs d’une qualité exceptionnelle : l’ylang ylang, la rose Centifolia de Grasse, le jasmin de Grasse. Unique, inégalable, le jasmin de Grasse associé à la rose de mai et aux aldéhydes est au cœur du secret de la composition du N°5. Bien que le N°5 ait été le premier parfum à contenir un dosage d’aldéyde élevé, Jacques Polge, actuel parfumeur de la maison Chanel, note que les aldéhydes ne dominent pas la personnalité du parfum. « Si je retire les aldéhydes du N°5, il reste toujours le N°5 », dit-il. Ils font simplement s’envoler la richesse des produits floraux.
©Courtesy Galerie Natalie Seroussi
4 Une réalisation sous haute protection
Jacques Polge est le garant du niveau d’excellence exigé par Chanel, dans la production du N°5. Malgré les contrôles analytiques et olfactifs réalisés à partir de techniques des plus sophistiquées, l’ultime vérification du parfum demeure à l’appréciation du nez du parfumeur. De son côté, le flacon reçoit tout autant d’attention à sa parfaite réalisation (baudruchage réservé uniquement à l’extrait, accompagné d’un cachet de cire au sceau « du double C » garantissant l’inviolabilité de ce dernier).
©Richard Avedon, 1973 The Richard Avedon Foundation
5 Une remarquable image
C’est à Jean Helleu que l’on doit le dessin original de l’habit de cristal du N°5. En revanche, le gardien du trésor fût Jacques Helleu, l’élégant directeur artistique de la maison décédé en 2007, qui va ancrer la communication du N°5 dans des codes spécifiques : formalisant les références à l’esprit de Gabrielle Chanel accompagné d’un vocabulaire inimitable. Son œil rigoureux donnera à l’image du N°5 sa force et sa formidable unité. C’est à lui que Chanel doit son visage, au travers des égéries telles Suzy Parker, Catherine Deneuve, Carole Bouquet… pour n’en citer que quelques unes, photographiées par les plus grands noms (Richard Avedon, Helmut Newton, Irving Penn, Patrick Demarchelier…). Et pour clore, Richard Avedon réalise à New York en 1969, le premier film scénarisé, consacré au N°5.
©Ed Feingersh, Michael Ochs Archves/Getty Images
Qui ne connaît pas la fameuse réponse de Marilyn Monroe à la question « Que portez-vous pour dormir ? » : « Quelles gouttes de N°5 ! ».
Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson
75016 Paris
Entrée par le 2, rue de la Manutention
Tél : 01 81 97 35 88
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de midi à minuit
©Thierry Depagne